jeudi 6 février 2014

Djemila, ce "grand cri de pierre..."

"On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente" écrivait Ernst Jünger dans "Les falaises de marbre". Si l'Histoire fait les hommes, les soumettant le plus souvent à ses vents violents, il s'en trouve en revanche qui gardent le cap de l'Honneur dans les tempêtes, armés d'un courage et d'une équanimité héroïques, et font à leur tour l'Histoire.

Hélie de Saint Marc le légionnaire, rejoint Ernst Jünger le lansquenet pour avoir comme lui traversé le XX°siècle en homme d'action et de méditation. Plongé dans le maelstrom de la guerre, il a su "par delà le bien et le mal" sublimer les paysages, les hommes et les actions et marquer "L’histoire de son empreinte d'Homme libre ".

En Algérie, où il sert de 1954 à 1961, Hélie de Saint Marc, tandis qu'il façonne avec courage son destin, part sur les traces de l'antique légion afin de se ressourcer aux échos de sa gloire impériale, et d'inscrire ainsi avec humilité son action dans la continuité d'une Geste héroïque.
Erwan Castel, Régina le 6 février 2014


"J'aimais l'Est algérien, rude, grave, spartiate. La région était un incroyable musée de plein air. (...) Avec ma compagnie, nous nomadisions en petite Kabylie (...). Comme nous étions sur la route de Djemila, je décidai de pousser ma compagnie jusqu'aux colonnes chantée par Camus,

"ce grand cri de pierre jeté entre les montagnes, le ciel et le silence"


Enfin, au détour d'une piste, nous avons aperçu Djemila, en contrebas, au fond d'une cuvette minérale.
Djemila, ou encore Djamila, Ǧamilla en Kabyle (de l'arabe : جميلة, « la belle ») est une commune dans la wilaya de Sétif, en bordure de la Basse Kabylie et du Constantinois Algériens. Le site de Djemila abrite les vestiges de l'antique Cuicul romaine du 1er siècle, classée patrimoine mondial par l'Unesco.


J'ai voulu fouler ce champ de colonnes dressées. J'ai longuement marché dans ces ruines. Le silence et l'oubli leur servaient de linceul. (...)
Ce soir là, les légionnaires étaient silencieux. Ils regardaient les ruines et leur écrin de montagnes pelées. Ces colonnes nous parlaient. Chacun, ce jour là, le savait. Elles nous disaient les civilisations englouties et les religions disparues. Elles nous parlaient du temps qui file et ne se retourne pas, des générations qui succèdent aux générations, des fils qui laissent s'effondrer ce que les pères ont édifié. Elles nous racontaient ces décombres que nous portions chacun en nous : enfances perdues, pays abandonnés, hommes et femmes a qui nous n'avions même pas pu laisser un regard.

J'essayais d'imaginer à notre place les légionnaires de l'Algérie romaine. Au petit matin, par les voies dallées, les paysans numides arrivaient par les mêmes sentiers. (...)
Je cherchais aussi les traces de l'Algérie chrétienne (...)
L'invasion arabe sonna le glas de Djemila. Les cavaliers en gandoura ont du s'arrêter sur comme nous sur la colline (...)
Les turcs ont ensuite étendu leur main sur l'Algérie.
Enfin la colonisation. Nous étions donc les derniers occupants de cette colline.

J'étais impressionné par cette beauté blessée. resterait-il un jour de notre présence en Algérie qutre chose que ces ruines ?

Mes rêveries solitaires furent brutalement interrompues. Mon légionnaire radio accourait. Un accrochage avait eu lieu à dix kilomètres de notre position. Le camp fut levé en un quart d'heure et le silence retomba sur Djemila."



Hélie de Saint Marc
"Mémoires les champs de braise" Perrin  1995


Hélie de Saint Marc en Algérie, entre l'action et la contemplation.

Photo publiée avec l'aimable autorisation de Ronan de Bellecombe








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