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mardi 11 février 2014

11 février, Naissance d'Hélie Denoix de Saint Marc

Publié initialement sur la page Facebook du groupe "Les amis d'Hélie de Saint Marc"

Avec mes sincères et respectueuses amitiés pour la famille du Commandant...

Hélie Denoix de Saint Marc aurait 92 ans aujourd'hui, si le destin n'avait pas finalement accordé un repos mérité à ce combattant humaniste qui a su, tout au long de sa vie, traverser et surtout sublimer en sagesse pour notre avenir toutes les épreuves de son passé (résistance, camp de concentration, guerres d'Indochine et d' Algérie, prison...) 

Cette voie de l'honneur qu'il va emprunter au prix de souffrances inouïes, commence dans les sentes des combes du Périgord familial, où le jeune homme, né le 11 février 1922 à Bordeaux, forge son caractère au feu des traditions familiales et de la beauté de la Nature orgueilleuse toutes semées des empreintes de l'Histoire des hommes de France.


"Du plus loin qu'il m'en souvienne, aucun Saint Marc, avant ma génération, n'a vécu n dehors du Périgord. (...) Chez nous les tableaux aux murs évoquaient des nobliaux de province en jabots et dentelles, des femmes au teint de jais en tenue austère, des serviteurs du royaume, la plume d'oie à la main. (...) 

A cette époque, l'univers me semblait être ordonné par une logique universelle qui voulait qu'il existât des pauvres et des riches, des propriétaires et des métayers. J'étais né du bon côté de la barrière. Je ne me posais pas d'autres questions. (...)

Personne ne mettait en doute la supériorité de nos valeurs et de nos familles. Aussi manquions-nous de compréhension pour la profondeur des êtres qui ne se mesure pas à leur origine. Mais il faut sans doute être passé par l'épreuve du dénuement total pour s'apercevoir les apparences sociales s'évanouissent dès que l'essentiel est en cause."


Hélie de Saint Marc.


Mon Commandant, vous nous manquez autant que vous êtes toujours vivant dans nos coeurs fidèles.


Erwan Castel, Cayenne le 11 février 2014



Voir un précédent article sur la famille ascendante du Commandant Hélie Denoix de Saint Marc Le lien  :  ICI



lundi 10 février 2014

La blessure jaune

Publié initialement sur la page Facebook "Les amis d'Hélie de Saint Marc" le 9 février 2014


Extrait

"Lorsqu’il fallut quitter le Vietnam, nous étions cette armée de sentinelles que le ciel découpe au lointain : chacun veillait sur ses souvenirs. Que faire de la guerre lorsqu’elle est finie ? Nous sommes devenus des orphelins. Aujourd’hui encore, nous souffrons de savoir le Vietnam sous le joug : son peuple n’en a pas fini avec la dictature. Mais l’arrachement ne doit pas faire oublier ce que l’Indochine nous a donné. A nous qui devions donner la mort, cette guerre a enseigné l’éblouissement de la vie. Elle nous a appris la fragilité de l’instant, l’ordre parallèle des choses. Elle a uni notre sang à celui des Vietnamiens. Il appartient désormais à chacun de transmettre ce témoin à ceux qui lui succèdent, comme les petites offrandes que les paysans déposaient devant l’autel des ancêtres : deux fleurs, une mangue, une prière enroulée dans une feuille de riz. "

Hélie de Saint Marc.

LIRE L'ARTICLE INITIAL ICI  (sur le blog "Tradition") : La blessure Jaune

samedi 8 février 2014

Légionnaires !

Publiée initialement sur la page facebook " les amis d'Hélie de Saint Marc" le 8 février 2014


Merci à Pauline d'Oranie pour la photo

samedi 1 février 2014

Le désert

Dans sa perception du désert, Hélie Denoix de Saint Marc rejoint ici la vision métaphysique de Saint-Exupéry, Lawrence, Monod ou Thesiger entre autres. Mais, ses sens exacerbés par l'intensité de la guerre humaine et l'expérience initiatique de la jungle indochinoise, le désert lui apparaît ici comme un athanor dans le creuset duquel l'âme humaine semble n'avoir d'autre choix que de sublimer ou disparaître...
Erwan Castel, Cayenne le 1er février 2014


"Dans le désert, j’avais fait l’expérience d’une liberté impossible dans le onde civilisé, d’une vie allégée de tout bien personnel et appris qu’en fait ce qui n’est pas de première nécessité encombre.
Nous étions dans le vrai désert, là où les différences de race et de couleur, de richesse et de prestige social, sont dénuées de toute signification – ou presque ; là où les masques de l’affectation tombent, et où seules apparaissent les vertus fondamentales. Là où les hommes se rapprochent les uns des autres."

Wilfred Thesiger (1910-2003)



" Il arrive parfois que le souffle de Dieu nous frôle. je me souviens d'une opération dans le sud de l'Algérie, aux limites du désert. (...)
Comment retracer par des mots ce que furent pour nous ces quelques heures passées à contempler, depuis les limites de l'oasis, les grands espaces fauves, qui s'enfuient en vagues successives, jusqu'à l'infini, dévorés par le soleil, où tout se consume depuis des siècles dans une incandescence immobile ?

La jungle par sa démesure et sa violence reste en moi comme la métaphore de la condition humaine : simples mortels avançant inexorablement vers leur fin, nous sommes à peine des insectes dans cet océan de sève. Le désert nous renvoie à une autre nécessité : habiter d'une présence la désolation de l'existence, entrer en relation avec tout ce qui est grand dans l'Homme, guetter l'aube sous le globe étincelant de la nuit...

Dans le désert, tout est tranchant, aigu, limpide. C’est  un  monde sans  objet  et sans plaisirs,  où l’Homme est rendu à lui-même. Les chaussures se craquellent, la peau se tanne,  les lèvres deviennent comme une écorce. Le désert érode ce qu’il touche. Tout se disloque. Et pourtant la voix intérieure fait entendre son murmure. 

J'entendais battre mon coeur,vide et solitaire. Le silence du désert ne ressemble à aucun autre. c'est une présence frémissante de vent et de chaleur, et pourtant calme, vide, sèche. Le miracle de la vie humaine ne m'est jamais apparu si nettement. Dans ce paysage ravagé et lisse, quelques touffes d'acacia, un arbuste, une trace de chameau, deux pierres déplacées sur une piste, restent l'image la plus pure que j'ai rencontrée de Dieu. "

Hélie Denoix de Saint Marc 
    " Les sentinelles du soir " Les arènes 1999


" Au sommet des falaises rouges, nous nous arrêtions parfois, émus par la beauté à perte de vue. Le vent et les odeurs du désert nous accompagnaient. (...)

Les abords du désert me ramenaient aux espoirs de ma jeunesse, quand je ne connaissais de la vie que des rêves, un idéal sans contours, héroïque, immaculé. Cette beauté était à la mesure de mon innocence de quinze ans. Je trouvais également dans l'immensité minérale un écho aux questions que je portais depuis la déportation sur le sens de la vie, continuellement écrasé par tant de non sens. Ce dépouillement me plaisait. (...)
Adossé à un rocher glacé, la tête levée vers la voûte des étoiles - plus on va vers le Sud plus le firmament éclate - je goûtais le dépouillement de toutes les pesanteurs de l'existence, quand on n'est plus qu'une poussière négligeable dans l'infini du cosmos et du désert. Même les souvenirs s'effaçaient de ma mémoire. "

Hélie Denoix de Saint Marc 
    " Mémoires les champs de braise" Perrin 1995

Hélie de Saint Marc..."sous le soleil brûlant de l'Algérie",
photo publiée avec l'aimable autorisation de Ronan de Bellecombe

"Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu ; c'est là qu'on se vide, qu'on chasse de soi tout ce qui n'est pas Dieu et qu'on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul. Les Hébreux ont passé par le désert, Moïse y a vécu avant de recevoir sa mission, saint Paul, saint Jean Chrysostome se sont aussi préparés au désert... C'est un temps de grâce, c'est une période par laquelle toute âme qui veut porter des fruits doit nécessairement passer. Il lui faut ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé, au milieu desquels Dieu établit son règne et forme en elle l'esprit intérieur : la vie intime avec Dieu, la conversation de l'âme avec Dieu dans la foi, l'espérance et la charité. Plus tard l'âme produira des fruits exactement dans la mesure où l'homme intérieur se sera formé en elle" 

Charles de Foucauld (1858-1916)
Lettre au Père Jérôme du 19 mai 1898




vendredi 31 janvier 2014

Le courage du soldat


" Le courage du soldat est inséparable de celui des autres. Il fait partie d'une chaîne humaine, et il n'y a pas de salut individuel. C'est pourquoi le courage est pour lui un sentiment qui s'organise, qu'on entretient comme des fusils. On lui dit de se battre et il se bat. On lui dit de mourir et il meurt. Il pratique cet étrange courage qu'il faut pour basculer de l'autre côté de la vie sans une larme.

Les soldats qui vous disent qu'ils n'ont jamais connu la peur vous mentent. Ou peut-être ont-ils traversé la guerre en zombies. c'est l'incandescence qui porte le soldat et ce courage là ressemble à une expérience mystique : pour que la lumière jaillisse, il faut bien qu'un peu de soi brûle et se consume. Teilhard de Chardin a écrit : " Tous les enchantements de l'Orient, toute la richesse spirituelle de Paris ne valent pas la boue de Douaumont." Il avait compris l'humilité déchirante de la guerre.

Le soldat connaît un combat intérieur dont il ne parle pas. Il y a d’abord ces interminables heures d’attente et de transport, l’anxiété, les tripes nouées, ces vagues pensées que l’on remue sur   le destin, l’absurdité de la vie, sa fragilité; ces souvenirs que l’on écarte pour ne pas faiblir. Il y a ces lieux inconnus que l’on scrute avec intensité, ces marais humides dans lesquels on va jouer sa vie, l'ennemi insaisissable qui se tient là, à deux kilomètres derrière ces plumeaux de palmiers, à l'autre bout du monde.

Hélie Denoix de Saint Marc, à gauche sur la photo, publiée avec l’autorisation aimable de Ronan de Bellecombe
Et puis l'assaut, dans les clameurs qui donnent du courage... L'action brutale où la peur n'a pas sa place... L'inconscience, la rage, parfois le corps à corps, les gestes seconds, la lucidité de médium, la violence qui se libère en soi, les flammes qui sortent des armes et fendent l'air...

Les minutes s'impriment dans la mémoire comme dans la cire. Après, le film se déroule encore et encore. Le soldat a le cerveau d'un accidenté de la route, qui vient de quitter l'asphalte et qui, de tonneau en tonneau, revoit des images en accéléré. 
Les mains des camarades qui se lèvent, les regards muets, les tires, les hurlements, les mots crus et simples des hommes après le danger... Et puis ces soirs désolés où l'on compte les morts. Ravaler ses larmes, enfouir sa tête dans ses mains, serrer les poings. Et de nouveau attendre...

Ce long compagnonnage avec le courage m'a été utile en prison et lorsque je suis tombé malade, à la fin des années soixante dix. Les heures tombaient une à une dans le silence. Je m’avançais sur les rebords du vertige, lorsque la tentation de céder était trop forte. Je pensais alors à la nuit du tunnel et à mes frères de malheur, aux heures d'attente dans les carlingues avant de sauter, et à ma mère devant son ouvrage, avec son aiguille, point par point, dans la lumière pâle de l'hiver. Alors je marchais intérieurement, une respiration après l'autre, pour atteindre la terre ferme, où l'angoisse lâchait prise.

Ce courage-là me sera sans doute nécessaire en approchant de la mort. J'ai suffisamment vécu pour savoir que mes victoires passées ne me garantissent pas contre l'affolement final. Chacun rejoue sa vie jusqu'à la dernière seconde. C'est sans doute à ce moment là qu'il me faudra retrouver une dernière fois, le courage de ma mère, son sourire et son regard vert."


Hélie Denoix de Saint Marc, "Les sentinelles du soir" Les arènes 1999

Photo publiée avec l’autorisation aimable de Ronan de Bellecombe




mardi 28 janvier 2014

Que dire à un jeune de vingt ans


"Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,

sachant qu’à chaque génération suffit sa peine, 
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,

en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

« Il ne faut pas s’installer dans sa vérité 
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère ».

À mon jeune interlocuteur,

je dirai donc que nous vivons une période difficile où les 
bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Éthique,

sont remises constamment en cause,

en particulier dans les domaines du don de la vie, 
de la manipulation de la vie,

de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,

de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir. 
Oui, nous vivons une période difficile

où l’individualisme systématique,

le profit à n’importe quel prix,

le matérialisme,

l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir 
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, 
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, 
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.

Il faut savoir,

jusqu’au dernier jour,

jusqu’à la dernière heure,

rouler son propre rocher.

La vie est un combat

le métier d’homme est un rude métier. 
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir

que rien n’est sûr,

que rien n’est facile,

que rien n’est donné,

que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.

Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur

que pour ma très modeste part,

je crois que la vie est un don de Dieu

et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde, 
une signification à notre existence.

Je lui dirai

qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves, 
cette générosité,

cette noblesse,

cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde, 
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,

qui nous guident où nous sommes plongés

au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai

que tout homme est une exception, 
qu’il a sa propre dignité

et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai

qu’envers et contre tous

il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai

que de toutes les vertus,

la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,

la plus importante me paraît être le courage, les courages,

et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages, 
c’est peut-être cela

« L’Honneur de Vivre » "

Hélie de Saint Marc


L'énigme des femmes



mardi 3 décembre 2013

Les réprouvés

Pour la page "L'écrivain"

L'article en format PDF ici : HDSM 1948-1954 - Les réprouvés de l'Histoire

La source de l'article : 
Mémoires, les champs de braise d'Hélie de Saint Marc

                                                  L'Histoire cyclique des anciens, tolérante et humble, déjà écrasée par l'Histoire linéaire des monothéismes anthropocentristes intolérants a fait place aujourd'hui à une histoire mémorielle, partielle et partiale et qui n'existe que pour servir de propagande à une idéologie manichéenne cherchant a nous imposer une vision hollywoodienne bipolaire des faits et des hommes qui les ont vécus.
Aujourd'hui on cherche a faire disparaître dans une stigmatisation injuste, des pans entiers de notre Histoire, qu'elle soit nationale, coloniale ou européenne, dans le seul but de nous asservir au système et de nous priver de notre sens critique et notre liberté de pensée. 

Les acteurs et les témoins du passé disparaissent inexorablement à l'horizon, et il est important de recueillir leurs récits et de les transmettre, car ils sont la Vérité de l'Histoire, révélant la complexité de l'âme humaine, de ses passions et de ses engagements. Ces histoires de vie, anonymes ou connues, sont autant de pierres constituant le socle de notre présent et de notre avenir, elles sont notre Histoire, scellés par le sang des anciens, et quelque soit l'uniforme porté. 
Ainsi de ces "réprouvés", qui se sont jetés à coeur perdu dans l'Histoire et qui, ballottés de conflits destructeurs en batailles perdues, sont "ces étrangers devenus fils de France non par le sang reçu, mais par le sang versé"

Ces témoignages nous rappellent au vrai devoir de mémoire, mais aussi au devoir de conscience et d'engagement et nous initient à l'éthique de notre civilisation européenne !


Erwan Castel, Cayenne le 3 décembre 2013


Le lieutenant Hélie Denoix de Saint Marc à la tête de ses légionnaires en Indochine



Photo publiée avec l'aimable autorisation de Ronan de Bellecombe


Sergent Johann Wallisch, à 25 ans, légionnaire en Indochine


Adjudant Chef Johann Wallisch, lors de la saint Michel 2013
Habité par les souvenirs tragiques et glorieux, 
cet homme rayonne à la fois de noblesse et d'humilité ! 
Son regard a lui seul est une leçon de sagesse... 

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DOCUMENTAIRE

"Légionnaires allemands"
Documentaire de Marc Eberle 2004

LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 1


LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 2


LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 3


LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 4


LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 5


LÉGIONNAIRES ALLEMANDS :  PARTIE 6




jeudi 7 novembre 2013

Ces étranges mois de mai

Pour la page "L'écrivain"

L'article en format PDF ici : HDSM 2008-05-31 - Ces étranges mois de mai
La source de l'article : 
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/05/31/01005-20080531ARTFIG00001-ces-etranges-mois-de-mai.php








mardi 5 novembre 2013

Un légionnaire est mort

Pour la page "L'écrivain"

L'article en format PDF ici : HDSM 2008-03-18 - Tombeau pour un légionnaire



"Quand nous montions à l'assaut, nous nous disions : 
Si je meurs, tu penseras à moi. " Lazare Ponticelli


Le 12 mars 2008, au Kremlin-Bicêtre, le dernier vétéran français de la Première Guerre mondiale disparaissait à l'âge de 110 ans. il était l'ultime rescapé des 8.5 millions d'hommes engagés sous l'uniforme français dans l'enfer de la "Grande Guerre"

Hélie de Saint Marc, lorsque "le der des der" disparaît, honore la mémoire de l'"étranger devenu fils de France non par le sang reçu mais par le sang versé" (Pascal Bonetti, 1920), mais aussi l'exemple laissé par cet homme qui toute sa vie, multiplia les actes de courage avec une humilité fascinante...























Lazare Ponticelli, le dernier visage de la Grande Guerre

Par Max Gallo de l'Académie française

Le Figaro du 12 décembre 2008

Arrivé en France à l'âgede 9 ans, le petit ramoneur qui a consacrésa vie au travail  la société Ponticelli emploie aujourd'hui 2 000 salariés   s'est révélé être un soldat héroïque pendant la sanglante et interminable boucherie de 1914. Ci-dessus,l'ancien combattant français d'origine italienne, entouré des siens, était accueilli le 17 décembre dernier à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Arrivé en France à l'âge de 9 ans, le petit ramoneur qui a consacré sa vie au travail s'est révélé être un soldat héroïque pendant la sanglante et interminable boucherie de 1914


La vie de Lazare Ponticelli, français,né italien en décembre 1897 il y a plus de cent dix ans ! , est l'un des miroirs du XXe siècle.

Ce n'est pas seulement le destin exceptionnel d'un homme qui s'y reflète, mais une part exemplaire de l'histoire collective de millions de ses contemporains que la mort a emportés.
Lazare Ponticelli a survécu, dernier des combattants de la Grande Guerre. Il est ainsi devenu le témoin, le héros, la figure de proue d'une foule d'anonymes, d'oubliés, de victimes dont les traces s'effacent. On les célèbre chaque 11 Novembre. On incline les drapeaux devantles monuments aux morts. Mais on oublie qu'ils furent hommes de chair donc de souffrance, d'amour, d'espoir. Lazare Ponticelli nous le rappelle et le rituel abstrait se met à trembler. Lazare est parmi nous. Il était aux côtés de ces jeunes hommes fauchés en Champagne ou dans les Dolomites. Car Lazare Ponticelli fut à la fois soldat sur le front français et le front italien. En 1914, il doit dissimuler son âge 16 ans afin de pouvoir s'engager dans la Légion étrangère. Il combattra en 1914 et 1915 dans les tranchéesde l'Argonne et devant Verdun. Mais l'Italie entreà son tour dans la guerre mai 1915 et Lazare Ponticelli, toujours italien, est démobilisé contre son gré, conduit à Turin. Enrôlé dans les troupes alpines, il combat les Autrichiens.

Ponticelli, lorsqu'on le fête et l'honore ainsile 9 décembre 2007 aux Invalides , rappelle toujours le souvenir de ses camarades tombés à l'aube de leur vie. Il évoque l'âpreté des combats, et comme en passant ses actes valeureux,et aussi, devant le grand massacre, les scènes de fraternisation avec les Autrichiens.

Il ne recherche pas les honneurs. Il s'est même montré réticent à l'idée de funérailles nationales. Il ne veut pas usurper une gloire, une mémoire, qui appartiennent à tous les combattants et dont il ne recueille un si vif éclat que parce qu'il est cet homme d'autrefois, resté seulvivant parmi nous.

Peut-être aussi Lazare Ponticelli exprime-t-il ainsi son désir de ne pas voir toute sa vie enfouie dans l'abîme tragique de la Grande Guerre. Elle fut certes pour lui, de 1914 à 1918 il ne fut renduà la vie civile qu'en 1920 , l'épreuve majeure. La confrontation à chaque instant de chaque jour avec la mort. Et pas un seul ancien combattant,un homme du front qui n'ait à tout jamais été marqué par cette ordalie sanglante et interminable.

La guerre est aussi pour lui et d'autres dizaines de milliers d'étrangers l'occasion de montrerqu'ils sont prêts à verser leur sang pour la nation, en signe de reconnaissance.
«J'ai voulu défendre la France, parce qu'elle m'avait donné à manger. C'était une manière de dire merci», déclare Lazare Ponticelli. Car c'est la faim qui a d'abord marqué sa vie.

Sa devise : «Union-Travail-Sagesse»

Né en Emilie, à Bettola, petite ville entre Parme et Plaisance, il habite dans une masure de Cordani, un village situé à 1 000 mètres d'altitude. Il est le fils de la misère. Entre 1880 et 1914, des millions d'Italiens quittent leur pays et se répandent dans le monde entier, et d'abord en France et aux États-Unis. La vie de Lazare Ponticelli est ainsi exemplaire de cette fin du XIXe siècle. Pas de pain. Pas de chaussures. Pas d'école. Pas de travail. La mère dans les rizières de la vallée du Pô. Riz amer.Les sept enfants faméliques. Le père cordonnier, menuisier, aidant les paysans à vendre leurs bêtes. Puis le départ de la mère pour la France, «ce paradis où l'on mange». Le père, un frère qui meurent. La famille qui se désagrège. Lazare, enfant presque abandonné, se met seul en route pour la France et débarque à 9 ans à la Gare de Lyon.

On découvre, à le suivre, la vie des émigrés d'alors ! Les Italiens. Il s'installe parmi eux à Nogent-sur-Marne, prêt à accepter toutes les tâches pour survivre, proposant de travailler gratuitement pour montrer au compagnon,à l'artisan ce dont il est capable.

En 1913, après avoir obtenu son livret de travail,il fonde avec un jeune camarade italien une entreprise de ramonage. Et à 16 ans il conduit ainsi ses premiers chantiers.

Mais en 1914 commence le grand massacre. Le suicide collectif des Européens. Engagé dans la Légion étrangère, Lazare multiplie les actes de bravoure. «Je ne voulais pas quitter mon bataillon et laisser mes camarades pour rejoindre l'Italie. La Légion avait fait de moi un Français, c'était profondément injuste.»

Dès 1921, il retourne en France et, avec ses deux frères Céleste et Bonfils , il crée une société de chauffage, de ramonage, puis de tuyauterie industrielle et de lavage. Les Ponticelli ont adopté une règle : aucune action de la société ne peut être vendue sans l'accord des trois frères. Ils se donnent une devise : «Union-Travail-Sagesse».

On est fasciné par l'énergie, le courage, l'esprit d'initiative, l'engagement de Lazare. Sur les chantiers il choisit les tâches les plus dangereuses, accroché à une corde le long des cheminées hautes de plusieurs dizaines de mètres.

«Les responsables, les chefs, explique-t-il, doivent en toutes circonstances montrer l'exemple afin de pouvoir dire : puisque je le fais vous pouvez le faire.»

Les contrats se multiplient, la société Ponticelli prospère et la vie se déroule. Lazare s'est marié,en 1923, avec une Française du Nord, brodeuse.

Malheur, le seul fils meurt

Bonheur : trois enfants naissent. Malheur, le seul fils meurt. Puis la guerre vient. Lazare a enfin obtenu en 1939 la nationalité française. Il participe à la Résistance et, dès la fin de l'Occupation et de la guerre, la société Ponticelli, qui a difficilement survécu, se déploie à nouveau.

Elle compte bientôt une cinquantaine de chefs de chantier, des ingénieurs. Des filiales ont été créées, des participations prises. La société est une multinationale qui emploie, dans les secteurs du pétrole et du nucléaire, près de 2 000 salariés !

Plus d'un siècle sépare cette réalité forgée par Lazare Ponticelli et ses frères de celle qu'il découvrait, enfant misérable et affamé,fils de cette Emilie, de ce siècle si dur pour les plus pauvres. Et cependant, dans cet enfant de 9 ans qui a lui-même fabriqué ses chaussures à semelles de bois sur le modèle de celles que confectionnait son père pour entreprendre seul le voyage de Paris, on repère déjà toutes les qualités qui feront le soldat héroïque de 1914. L'ouvrier audacieux et entreprenant. Cet enfant illettré est comme un poing serré par la volonté.Il ne se résigne pas à sa condition. Il ne compte que sur lui-même, sur son travail. Il sait que rien n'est dû, qu'il faut faire ses preuves, toujours.

Il s'accroche à la terre de la tranchée. Il continue de tirer malgré ses blessures. Il va secourir sous le feu, au-delà des barbelés, un camarade qu'un éclat d'obus a amputé et qui appelle à l'aide.Il se hisse au sommet d'une cheminée, et quand la corde lâche, il s'accroche, survit.

Il a acquis ces vertus la volonté, la détermination, l'obstination, la fraternité en regardant vivre le père et la mère. Il sait que chaque jour est un combat pour la survie. Et peut-être ses qualités sont-elles liées à la civilisation rurale qui a appris aux hommes, depuis des millénaires, que pour récolter il faut labourer et semer. Morale conservatrice? Simple rappel des valeurs d'une civilisation qui a fait, dans le sang et les larmes, les peuples d'Italie, de France, d'Europe. Et le destin exceptionnel de Lazare Ponticelli, dernier combattant de la Grande Guerre.

Max Gallo

Source de l'article, le lien ici : Lazare Ponticelli le dernier visage de la Grande Guerre


D'autres articles sur Lazare Ponticelli :

- Le Monde du 12 mars 2008, article de Benoît Hopkin, le lien ici : Le dernier poilu français
- Der des Ders décembre 2006, article de Frédéric Mathieu, le lien ici : Lazare Ponticelli
- Encyclopédie Wikipédia, le lien ici : Lazare Ponticelli

Vidéos sur Lazare Ponticelli :

Lazare Ponticelli, 1ère partie

Lazare Ponticelli, 2ème partie

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